PAUSE GUITARE : 18 ANS D'HISTOIRE(S)

De 12 à 435 bénévoles, de 150 à 110 000 spectateurs : l’histoire de la fulgurante ascension d’un festival qui ne veut toujours pas changer d’âme.

Il est tout petit, tout rond, tout paisible et fait penser à cet historique village gaulois que chacun connaît.

C’est là que le couple Navarro jette son dévolu pour se lancer dans une aventure qui, bien des fois, les étonnera eux-mêmes. Celle de Pause Guitare à Monestiès.

Il suffira de passer quelques coups de téléphone aux amis proches pour que le 25 juillet 1997 puisse naître la première édition du festival. Réunions de fortune autour de quatre quarts un peu secs et de petits coups de blanc pour caler l’organisation. Une programmation qui se boucle autour d’un prévisionnel calculé plus ou moins à vue de nez car tout se découvre petit à petit, et rien n’est moins sûr que la présence du public. Et le tour est joué. Certes le métier d’organisateur de festival ne s’invente pas mais on peut croire qu’il se découvre et s’apprend sur le terrain car, malgré la peur au ventre, cette première édition s’avère être  une sacrée réussite. Même si à tous moments il a fallu prévoir l’imprévisible et penser à l’impensable, la plus belle guérison du trac est dans les sourires et l’enthousiasme des spectateurs en fin de soirée. Les sueurs froides sont passées, les villageois ravis d’avoir été en pleine action en redemandent, la richesse des échanges et des rencontres donne des ailes à toute l’équipe. Qu’à cela ne tienne ! Si tout le monde est content, aucune raison de ne pas recommencer !!!

 

C’est ainsi qu’au bout de trois années, Pause Guitare est déjà à l’étroit dans ses baskets sur la petite place du village. Faut donc changer de pointure. Le festival s’installe alors en 2000 sur le petit boulevard qui contourne le hameau pouvant ainsi accueillir deux fois plus de public.

Dès 2003, Pause Guitare passe de 3 à 4 jours. En peu de temps, il devient le rendez-vous estival qu’on dit incontournable à Monestiès. De 150 spectateurs au tout premier jour, il est passé à 1800 par soir en huit ans. L’ambiance y est extraordinairement chaleureuse et familiale. Dans les rues du village, ça se balade, ça gratte la guitare sur un pont ou ça trinque sous les platanes, ça discute autour d’un repas indien ou ça grignote l’air du temps, les doigts de pied en éventail. On ne peut plus dire que la vie y soit toujours aussi paisible, mais elle y est bien agréable et sacrément joyeuse pendant ces quatre jours. 

 

Mauvaise nouvelle

Le coup de bambou arrive au cours de la neuvième édition où les organisateurs apprennent la suppression de la subvention européenne. Subvention très élevée qui, même si elle ne permettait pas toujours de boucler le budget, est indispensable à la poursuite de l’événement. Grand virage dans l’association Arpèges & Trémolos où un choix inéluctable doit être fait : soit tout arrêter, soit poursuivre ailleurs. A cette époque-là, Pause Guitare compte déjà cent vingt bénévoles, deux salariés à temps plein et embauche ponctuellement à l’année trente cinq intermittents du spectacle.

L’angoisse monte, les décisions, trop douloureuses, se reportent, les réunions se multiplient. Jusqu’au jour où le choix se fait de poursuivre. En grande majorité albigeois au sein de son conseil d’administration, c’est à Albi que l’association a tout naturellement envie de poser son festival car seule une ville de taille moyenne peut aider à porter l’histoire. En chemin, trois bénévoles préfèrent arrêter mais ceux qui restent sont prêts à se battre. En plein été, une rencontre est calée avec tous les habitants de Monestiès pour dire et expliquer. Il y a du grincheux et du revenchard. Il y a ceux qui comprennent et admettent. Mais il y a surtout, des deux côtés de la barrière, tous ceux dont le visage est empreint de tristesse. Jusqu’aux larmes.

Et le dixième anniversaire de Pause Guitare se fête au pied de la cathédrale Sainte-Cécile le 6 juillet 2006. Le plus grand cadeau offert à l’association cette année-là viendra pourtant de Monestiès. Avec l’arrivée au grand complet de tous les villageois qui ont vu naître Pause Guitare, qui l’ont  défendu corps et âme dans les moments difficiles, qui ont toujours été ses fervents bénévoles, et qui pour rien au monde ne lâcheraient l’aventure. Les moments forts du festival dites-vous ? Celui-ci en est un, et des meilleurs, qui a bien failli faire flancher les cœurs du duo Navarro !!!

 

Le festival devient albigeois

Ouah ! Qui l’aurait cru : un festival sur la place Sainte-Cécile ! Patronne des musiciens, c’était donc sa destinée ! Même si la tâche semble ardue, le soulagement d’être accueilli dans un si bel endroit est énorme. Pause Guitare dans un nouveau décor ? Nouveau défi. Il va falloir bâtir de nouveaux espaces et structurer les équipes de travail. Il va falloir penser, anticiper, prévoir, jauger, supposer, sans trop se tromper. Mais il faut aller de l’avant. L’énergie est de retour, alors on fonce. Mais pas tête baissée. Construire et découvrir en même temps. La jauge est sensiblement identique mais les scènes plus nombreuses, il faut donc trouver le lien qui fera de ce grand espace historique un lieu sympathique et harmonieux. Le leitmotiv des organisateurs : de la campagne à la ville, comment garder son intimité, sa courtoisie, sa simplicité, sa convivialité ? Et surtout, comment arriver à respecter la beauté et la magie de ce lieu ? C’est vraiment là que chaque bénévole se sent une responsabilité personnelle, celle d’apporter la note qui habillera le décor, sans le dénaturer. Et quand les artistes découvrent la cathédrale, l’émotion est de taille. Pour Bénabar, une révélation. Michel Fugain en a presque boudé le reste de sa tournée. Izia a clamé haut et fort bravo Albi sur la scène des Francos ! Pour ne citer qu’eux. Et la plus belle récompense revient aux Albigeois émerveillés d’avoir enfin découvert leur cité historique avec autant d’intensité. « Enfin ça bouge ! Cette place est si belle quand elle a de la vie », entend-on au cours du premier démontage. Au final, malgré quelques âmes revêches, Pause Guitare aura fêté ses dix bougies dans une  liesse générale et garde bonne presse.

 

Une mise à l’épreuve

En 2007, la jauge passe à 3500 personnes par soir et les petites scènes commencent à titiller les férus de découvertes et d’intimité. Pour cette deuxième édition albigeoise, le lieu inspire donc encore avec un nouveau mot d’ordre : Développement Durable. La décoration du site est renforcée et l’objectif est de labelliser Pause Guitare éco-festival. Sainte-Cécile est flamboyante, pas question de lui salir les pieds ! De nombreuses actions sont mises en place au service des festivaliers pour respecter mais encore flatter le site. La plus remarquable est la création des toilettes sèches installées dans un décor des plus délirants.

Mais ce qui attend l’équipe au virage cette année-là est terrible. Quel pire ennemi d’un festival en plein air que les caprices du temps ?! On se souviendra aisément du concert de Georges Moustaki en 1999 où le public, que rien au monde n’aurait pu altérer, n’était qu’un parapluie géant/nbsp]! Ou de bien d’autres soirées où les états d’âme du ciel flirtaient avec la résistance nerveuse des organisateurs. Mais le soir du concert de Jacques Higelin, la tempête qui fait rage semble bien vouloir arracher la structure scénique et engloutir à elle seule tout le matériel technique. Le danger est trop grand et, pour la première fois en onze ans, il faut prendre la décision de stopper les festivités. Ce 8 juillet 2007, le festival s’achève dans un brouhaha confus et met les organisateurs à l’épreuve. Il faut faire front à de nombreuses questions qui, sur le moment, restent sans réponse. Comment saurait-on par quoi commencer ?! Les assurances vont-elles fonctionner ? Sans doute, mais sous quelles conditions et à partir de quand ? Que dire, sinon qu’un peu de temps est nécessaire pour faire l’apprentissage d’une annulation. Et ce public toujours là, toujours aussi enthousiaste, confiant, compréhensif et prêt à patienter des heures durant pour accueillir son idole, faut bien lui dire que les enceintes d’Higelin se sont transformées en poisson rouge en moins de temps qu’il ne faut pour l’imaginer ! Rude épreuve/nbsp]! Qui finalement aura été surmontée dans l’été par des kilomètres de courriers pour justifier, certifier, et pouvoir enfin rembourser. De cette édition-là, c’est sûr, il reste comme un goût d’inachevé. Normal, de mémoire de bénévole, un Pause Guitare ne se termine jamais en queue de poisson… !

 

C’est en 2009 que le festival explose réellement au niveau de sa notoriété. La jauge de la scène principale passe à 5000 personnes par soir. Au début du printemps, chacun attend avec fébrilité l’annonce de la programmation. Les réservations vont bon train si bien que ces trois dernières années, presque toutes les soirées affichent complet avant même l’ouverture du festival. L’introduction de la musique anglo-saxonne  ajoute du caractère à l’événement qui touche maintenant toutes les générations de public.

Pause Guitare est aujourd’hui classé parmi les plus grands au niveau national. Belle récompense qui panse un peu les inquiétudes et les doutes des débuts. Même si rien n’est jamais gagné. Jamais. La force de Pause Guitare est dans sa différence car les valeurs humaines du départ y sont toujours légion. Avec aujourd’hui un budget de plus d’un million d’euros, bien sûr qu’au niveau de la gestion, l’association se rapproche d’une petite entreprise. Il faut juste maintenir les garde-fous nécessaires pour ne pas devenir uniforme ou transparent. Et 2012 ? Ah…2012 ! C’était bien ?