PAUSE GUITARE : 21 ANS D'HISTOIRE(S)

De 12 à 1050 bénévoles, de 150 à 75 000 spectateurs : l’histoire de la fulgurante ascension d’un festival qui ne veut toujours pas changer d’âme.

Il est tout petit, tout rond, tout paisible et fait penser à cet historique village gaulois que chacun connaît.

C’est là que le couple Navarro jette son dévolu pour se lancer dans une aventure qui, bien des fois, les étonnera eux-mêmes. Celle de Pause Guitare à Monestiès.

Il suffira de passer quelques coups de téléphone aux amis proches pour que le 25 juillet 1997 puisse naître la première édition du festival. Réunions de fortune autour de quatre quarts un peu secs et de petits coups de blanc pour caler l’organisation. Une programmation qui se boucle autour d’un prévisionnel calculé plus ou moins à vue de nez car tout se découvre petit à petit, et rien n’est moins sûr que la présence du public. Et le tour est joué. Certes le métier d’organisateur de festival ne s’invente pas mais on peut croire qu’il se découvre et s’apprend sur le terrain car, malgré la peur au ventre, cette première édition s’avère être  une sacrée réussite. Même si à tous moments il a fallu prévoir l’imprévisible et penser à l’impensable, la plus belle guérison du trac est dans les sourires et l’enthousiasme des spectateurs en fin de soirée. Les sueurs froides sont passées, les villageois ravis d’avoir été en pleine action en redemandent, la richesse des échanges et des rencontres donne des ailes à toute l’équipe. Qu’à cela ne tienne ! Si tout le monde est content, aucune raison de ne pas recommencer !!!

C’est ainsi qu’au bout de trois années, Pause Guitare est déjà à l’étroit dans ses baskets sur la petite place du village. Faut donc changer de pointure. Le festival s’installe alors en 2000 sur le petit boulevard qui contourne le hameau pouvant ainsi accueillir deux fois plus de public.

Dès 2003, Pause Guitare passe de 3 à 4 jours. En peu de temps, il devient le rendez-vous estival qu’on dit incontournable à Monestiès. De 150 spectateurs au tout premier jour, il est passé à 1800 par soir en huit ans. L’ambiance y est extraordinairement chaleureuse et familiale. Dans les rues du village, ça se balade, ça gratte la guitare sur un pont ou ça trinque sous les platanes, ça discute autour d’un repas indien ou ça grignote l’air du temps, les doigts de pied en éventail. On ne peut plus dire que la vie y soit toujours aussi paisible, mais elle y est bien agréable et sacrément joyeuse pendant ces quatre jours. 

Mauvaise nouvelle

Le coup de bambou arrive au cours de la neuvième édition où les organisateurs apprennent la suppression de la subvention européenne. Subvention très élevée qui, même si elle ne permettait pas toujours de boucler le budget, est indispensable à la poursuite de l’événement. Grand virage dans l’association Arpèges & Trémolos où un choix inéluctable doit être fait : soit tout arrêter, soit poursuivre ailleurs. A cette époque-là, Pause Guitare compte déjà cent vingt bénévoles, deux salariés à temps plein et embauche ponctuellement à l’année trente- cinq intermittents du spectacle.

L’angoisse monte, les décisions, trop douloureuses, se reportent, les réunions se multiplient. Jusqu’au jour où le choix se fait de poursuivre. En grande majorité albigeois au sein de son conseil d’administration, c’est à Albi que l’association a tout naturellement envie de poser son festival car seule une ville de taille moyenne peut aider à porter l’histoire. En chemin, trois bénévoles préfèrent arrêter mais ceux qui restent sont prêts à se battre. En plein été, une rencontre est calée avec tous les habitants de Monestiès pour dire et expliquer. Il y a du grincheux et du revanchard. Il y a ceux qui comprennent et admettent. Mais il y a surtout, des deux côtés de la barrière, tous ceux dont le visage est empreint de tristesse. Jusqu’aux larmes.

Et le dixième anniversaire de Pause Guitare se fête au pied de la cathédrale Sainte-Cécile le 6 juillet 2006. Le plus grand cadeau offert à l’association cette année-là viendra pourtant de Monestiès. Avec l’arrivée au grand complet de tous les villageois qui ont vu naître Pause Guitare, qui l’ont  défendu corps et âme dans les moments difficiles, qui ont toujours été ses fervents bénévoles, et qui pour rien au monde ne lâcheraient l’aventure. Les moments forts du festival dites-vous ? Celui-ci en est un, et des meilleurs…!!!

Le festival devient albigeois

Un festival sur la place Sainte-Cécile, patronne des musiciens, c’était donc sa destinée ! Même si la tâche semble ardue, le soulagement d’être accueilli dans un si bel endroit est énorme. Pause Guitare dans un nouveau décor ? Nouveau défi. Il va falloir bâtir de nouveaux espaces et structurer les équipes de travail. Il va falloir penser, anticiper, prévoir, jauger, supposer, sans trop se tromper. Mais il faut aller de l’avant. L’énergie est de retour, alors on fonce. Mais pas tête baissée. Construire et découvrir en même temps. La jauge est sensiblement identique mais les scènes plus nombreuses, il faut donc trouver le lien qui fera de ce grand espace historique un lieu sympathique et harmonieux. Le leitmotiv des organisateurs : de la campagne à la ville, comment garder son intimité, sa courtoisie, sa simplicité, sa convivialité ? Et surtout, comment arriver à respecter la beauté et la magie de ce lieu ? C’est vraiment là que chaque bénévole se sent une responsabilité personnelle, celle d’apporter la note qui habillera le décor, sans le dénaturer. La plus belle récompense revient aux Albigeois émerveillés d’avoir enfin découvert leur cité historique avec autant d’intensité. Au final, malgré quelques âmes revêches, Pause Guitare aura fêté ses dix bougies dans une  liesse générale et garde bonne presse.

C’est en 2009 que le festival explose réellement au niveau de sa notoriété. La jauge de la scène principale passe à 5000 personnes par soir. Au début du printemps, chacun attend avec fébrilité l’annonce de la programmation. Les réservations vont bon train si bien que ces trois dernières années, presque toutes les soirées affichent complet avant même l’ouverture du festival. L’introduction de la musique anglo-saxonne  ajoute du caractère à l’événement qui touche maintenant toutes les générations de public.

Pause Guitare est aujourd’hui classé parmi les plus grands au niveau national. Belle récompense qui panse un peu les inquiétudes et les doutes des débuts. Même si rien n’est jamais gagné. Jamais. La force de Pause Guitare est dans sa différence car les valeurs humaines du départ y sont toujours légion.

Albi, inscrite à l’Unesco en 2010, favorise une orientation très importante du festival avec l’envie de lui donner une couleur plus internationale. Notre adhésion au patrimoine mondial de l’humanité est totale et, avec un réel engouement, la contribution de Pause Guitare sera d’y introduire la musique anglo-saxonne. La venue de Patty Smith est l’événement phare de cette édition. Conquise par la beauté de la ville, elle en parcourra les rues et ses sites patrimoniaux avec l’allant de sa simplicité.

On est toujours sur un plateau à quatre artistes par soirée, les têtes d’affiche succèdent aux étoiles montantes.

Vers la base de loisirs de Pratgraussals

Nouvelle catastrophe à appréhender à la fin de l’édition 2011 où l’on apprend que notre lieu de prédilection pour recevoir les partenaires et les artistes ne pourra plus être mis à disposition. Entre les scènes et la logistique du festival, l’occupation tout autour de la cathédrale est telle qu’il est impossible d’imaginer un espace supplémentaire. C’est en 2012 que Pause Guitare déménage donc sa grande scène sur la base de loisirs de Pratgraussals, de l’autre côté de la rivière Tarn, avec l’idée de garder l’implantation d’une scène, mais revue à la baisse, dans le centre historique. On retrouve à Pratgraussals l’herbe verte et des arbres majestueux qui ombragent le site. Sting, la classe incarnée, est la première tête d’affiche qui, n’en doutons pas un instant, est l’élu des festivaliers.

Cette année-là, Sainte-Cécile est plus calme, moins colorée. On y découvre une programmation pourtant très féminine, subtile et joyeuse mais le public est moins nombreux.

Partagée entre les deux sites, cette édition aura révélé bien des contraintes et des complications tant sur la logistique que sur le résultat financier. Ainsi s’achèvera Pause Guitare au pied de la cathédrale qui faisait de l’événement un festival unique.

Le flambeau restera donc sur la base de loisirs pour la dix-septième édition qui devient, avouons-le, une grosse cavalerie. Et le plus terrible pour nous restera le manque des scènes off sur cette édition. Raison budgétaire oblige.

La création du Grand Théâtre dans le centre-ville d’Albi avec sa jauge de neuf cents places assises dans un confort et une acoustique défiant toute concurrence nous donne l’occasion rêvée de réinvestir le cœur de ville en 2014. Voici qui va permettre de répondre à un public bien repéré dans le festival. Celui qui fait l’effort de suivre depuis longtemps cette aventure musicale mais qui a de plus en plus de mal à s’y retrouver. Avec ses grands espaces verts, même si Pratgraussals se vit dans la bonne humeur, treize mille festivaliers par soir à cette époque ne sont pas le summum de la modération. Le Grand Théâtre offre alors à un public plus pondéré mais tout autant féru de concerts, l’occasion d’écouter dans l’intimité et la jouissance les artistes qu’il aime retrouver. Les scènes off qui font notre fierté se réapproprient enfin le centre-ville, au grand bonheur des Albigeois.

Au fil des ans, Pause Guitare n’aura de cesse d’accueillir les plus grands noms de la chanson et de la musique anglo-saxonne et sa programmation audacieuse finit d’asseoir Pause Guitare dans la cour des grands. La guitare n’est plus forcément au cœur de la fête et, même si le nom du festival est quelque peu désuet, l’événement reste l’échappée belle du public toujours très nombreux. Le Grand Théâtre, L’Athanor et les scènes offertes sur le off du centre-ville sont les lieux de prédilection des amoureux du « concert-confort » ou du « concert-découverte ».

En 2017, Pause Guitare est devenu adulte sans renier ses valeurs humaines de départ. La base de loisirs de Pratgraussals reste la locomotive du festival. Y accueillir des milliers de festivaliers dans un cadre bon enfant reste notre priorité. Surprendre par une décoration simple, joyeuse et colorée, défendre le côté guinguette, faire en sorte que chacun se sente en sécurité et serein, offrir des conditions d’écoute optimales, et faire perdurer cette ambiance de fête et de convivialité si ancrée au festival, fait toute la magie de cette petite ville dans la ville. Le combat est quotidien et la lutte permanente pour équilibrer les dépenses et les recettes mais la priorité de Pause Guitare reste avant tout de garder son âme.